Anti-inflammatoires et risque cardiovasculaire

Feb 14, 2017 par

Anti-inflammatoire risques cardiovasculaires

Les Anti-Inflammatoires Non-Stéroïdiens (AINS) sont largement prescrits pour traiter des pathologies telles que l’arthrose et les polyarthrites. Ils sont associés à une augmentation des risques d’accidents cardiovasculaires. Mon Arthrose fait le point.

Les anti-inflammatoires non-stéroïdiens, une classe de médicaments complexe

Les AINS ou Anti-Inflammatoires Non-Stéroïdiens sont des substances qui permettent de lutter contre l’inflammation et la douleur. Ils sont très utilisés pour soulager les pathologies d’origine inflammatoire comme, par exemple, l’arthrose ou les polyarthrites.

Dans l’organisme, ils agissent en bloquant l’action de molécules appelées COX (cyclo-oxygénase). Ces COX ont pour fonction d’initier le processus inflammatoire (via la production des prostaglandines). Il existe deux COX, chacune ayant leur spécificité :

  • la COX-1 a une action protectrice sur la muqueuse digestive et un effet proagrégant sur les plaquettes
  • la COX-2 favorise la réaction inflammatoire et a un effet plaquettaire antiagrégant

Les AINS dits traditionnels bloquent à la fois la COX-1 et la COX-2. Tandis que les coxibs, une classe d’AINS, ciblent spécifiquement les COX-2. De ce fait, les coxibs ont suscités de grands espoirs quant à une meilleure tolérance digestive. Cependant, ils ont rapidement été associés à une augmentation du risque cardiovasculaire. En 2004, la firme Merck a été obligée de retirer du marché son coxib phare le VIOXX®. Les résultats intermédiaires d’un essai clinique mettaient en évidence un risque cardiovasculaire multiplié par 2 avec ce traitement par rapport au placebo.

Différences significatives sur le risque cardiovasculaire entre les différents AINS

Dans l’étude anglo-saxonne PRECISION (Prospective Randomized Evaluation of Celecoxib Integrated Safety versus Ibuprofen or Naproxen) menée par le laboratoire Pfizer, le célécoxib indiqué dans le traitement de l’arthrose, des polyarthrites rhumatoïdes et des spondylarthrites ankylosantes, a été comparé à deux AINS non-sélectifs : l’ibuprofène et le naproxène.

24 081 patients présentant une pathologie type arthrose ou polyarthrite et un risque cardiovasculaire augmenté ont été recrutés. Ils ont reçu soit du célécoxib, soit de l’ibuprofène, soit du naproxène. L’étude a duré environ 5 ans. Le risque cardiovasculaire était évalué par le nombre de décès d’origine cardiaque ou hémorragique, d’infarctus du myocarde et d’AVC. Ce risque s’est révélé sensiblement le même pour les 3 groupes (environ 2.5%).

L’étude PRECISION tend donc à prouver que le célécoxib ne fait pas courir au malade un risque cardiovasculaire supérieur par rapport à un AINS traditionnel.

D’après l’étude, le célécoxib s’est montré supérieur pour réduire les effets secondaires digestifs ou rénaux.

Une étude à lire avec précaution

Pour le Professeur Philippe Orcel, rhumatologue à l’Hôpital Lariboisière (Paris), les résultats de l’étude PRECISION indiquent surtout qu’aucun AINS, qu’il soit coxib ou traditionnel, n’est dénué de risque cardiovasculaire…

De plus, la méthodologie de l’étude lui semble sujette à caution. Il remarque que la dose de célécoxib utilisée dans l’étude est relativement faible (200mg/j). Un grand nombre de patients ont été sortis de l’étude précocement, affaiblissant les résultats (près de 70% des patients ont arrêté le célécoxib pendant l’essai et 27% n’ont pu être suivis). Enfin, il déplore que l’essai clinique ait été sponsorisé par le laboratoire et non par un investigateur indépendant.

En ce qui concerne tous les AINS, le Professeur Philippe Orcel invite à la prudence, surtout en cas d’utilisation prolongée.

Isabelle V., Journaliste Scientifique


Sources :
Mise au point sur la sécurité d’emploi des coxibs, AFSSAPS, ANSM, juillet 2004
Retrait mondial de la spécialité VIOXX®, ANSM, septembre 2004
Attention à tous les AINS, Pr Philippe Orcel, Le quotidien du médecin, 8 février 2017
Cardiovascular Safety of Celecoxib, Naproxen, or Ibuprofen for Arthritis, Steven E. Nissen and al., The New England journal of medicine, 29 décembre 2016

Isabelle V.
Isabelle V.
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