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| Les greffes du cartilage dans l'arthrose |
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Interview du Dr. Muriel
Piperno,
Centre Hospitalier Lyon Sud,
Service de Rhumatologie du Pr. E. Vignon. |
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Docteur
Piperno, depuis quelques années, vous vous intéressez
à la greffe du cartilage, vous en êtes
devenue une grande spécialiste. D'où vous
est venue votre passion ?
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Je travaille dans un service de rhumatologie,
je suis praticien hospitalier. L'axe de recherche de
ce service est essentiellement l'arthrose et, comme
vous le savez, l'arthrose est une maladie du cartilage.
Malheureusement, le cartilage est un tissu qui ne se
répare pas spontanément et c'est donc
tout naturellement que m'est venue l'envie de trouver
des solutions pour réparer ce tissu.
Par ailleurs, nous travaillons avec une équipe
chirurgicale qui, elle, se heurtait aux problèmes
des lésions localisées du cartilage faisant
suite à des traumatismes ou une ostéochondrite
et là aussi, il y avait un réel besoin
de solution pour réparer ce type de lésion.
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Le cartilage
est un tissu très fragile. A partir de quels
tissus ou de quelles cellules faites-vous du cartilage
?
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En effet, le cartilage est un tissu
très complexe et son potentiel de réparation
spontanée est très limité. Le cartilage
c'est un tissu qui est formé d'une matrice, essentiellement
constituée de collagène de type II et
de protéoglycanes, et d'un seul type cellulaire,
les chondrocytes.
La particularité de ces chondrocytes, c'est qu'ils
sont capables de synthétiser, de fabriquer tous
les éléments de la matrice qui les entoure.
C'est donc, de manière intuitive, vers les chondrocytes
qu'on va se tourner pour fabriquer du cartilage.
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D'où
viennent donc les cellules que vous utilisez ?
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Pour le moment, l'articulation qui
est traitée avec la greffe de chondrocytes, c'est
le genou.
Donc on va prélever, lors d'une arthroscopie
au niveau d'une zone non portante du fémur, un
petit fragment de cartilage, de 100 à 200 mg,
et c'est à partir de ce petit fragment de cartilage
que, par digestion enzymatique, on va séparer
les cellules de leur matrice, ces cellules étant
les chondrocytes. Ensuite, on va cultiver ces chondrocytes
de manière à les multiplier par un facteur
10, en les cultivant en ce qu'on appelle " monocouche
", c'est-à-dire qu'on les met dans une boîte,
on leur donne " à manger " et quand
elles ont rempli la boîte, on les transpose dans
une autre boîte deux fois plus grande. On fait
cela environ 2 ou 3 fois, ce qui prend environ 3 à
4 semaines. Au bout de 4 semaines, les cellules se sont
multipliées par 10.
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Nous avons
donc à faire à des cultures de cellules
et non pas des cultures de tissus.
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En effet, on ne fabrique pas de nouveaux
tissus, on multiplie simplement des cellules. Il existe
une autre technique qui utilise des biomatériaux.
Les biomatériaux ce sont des supports pour les
cellules qui vont permettre la culture en 3 dimensions.
En effet, dans la méthode précédente,
on cultive les cellules à plat. Le problème,
quand on cultive les cellules, les chondrocytes à
plat, c'est qu'ils vont perdre leur capacité
à fabriquer du cartilage alors que, quand on
les cultive dans un milieu tridimensionnel, donc un
biomatériau, ils peuvent fabriquer du cartilage
et là, on peut aboutir à la synthèse
d'un néocartilage in vitro.
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Une fois
les cellules ou les tissus obtenus en grande quantité,
comment réintroduit-on dans l'articulation lésée
ces éléments ?
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Il faut cette fois-ci ouvrir l'articulation,
ce n'est plus une simple arthroscopie comme pour la
première étape où on prélève
simplement un petit morceau de cartilage : là,
on ouvre l'articulation. Quand il s'agit d'une suspension
cellulaire, et c'est la technique qui est pratiquée
actuellement, il faut fabriquer une chambre d'injection
étanche parce que si vous injectez les cellules
comme ça dans l'articulation, elles vont se disperser
dans l'articulation, elles n'iront pas précisément
sur le site de la lésion. Donc on va coudre sur
la lésion cartilagineuse une petite membrane
de péri-os, qui est la membrane externe de l'os
qu'on va prélever à la face antérieure
du tibia, ou alors une membrane de collagène
qui est fabriquée, qu'on peut simplement coller
sur la lésion. Une fois qu'on a fait cette chambre
d'injection et qu'on a bien vérifié son
étanchéité, on injecte alors la
suspension de cellules. Les cellules, une fois sur place,
vont retrouver leur phénotype chondrocytaire
parce qu'elles seront de nouveau dans un milieu tridimensionnel
et non plus à plat et vont se remettre à
fabriquer du cartilage.
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Aujourd'hui,
à qui s'adresse ce type de greffe de cartilage
?
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Aujourd'hui, ce type de greffe s'adresse
aux patients jeunes, de moins de 50 ans, qui ont des
lésions localisées du cartilage qui font
suite soit à un traumatisme, soit à une
maladie qu'on appelle l'ostéochondrite disséquante,
où on a des lésions localisées
profondes du cartilage.
Pour le moment, cette technique n'est pas indiquée
dans l'arthrose.
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Quelle est
votre expérience dans ce type de greffe ?
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Nous avons, à Lyon, avec le Professeur
Moyen, chirurgien orthopédiste, réalisé
ce type de greffe chez 15 patients qui présentaient
des lésions post-traumatiques du cartilage. C'est
maintenant terminé, le suivi est encore en cours
mais les premiers résultats sont assez convaincants.
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Pourra-t-on
envisager un jour d'utiliser cette technique dans l'arthrose
établie (c'est-à-dire un diagnostic clinique
associé à des radiographies montrant des
signes d'arthrose) ?
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Les lésions qu'on traite jusqu'à
présent avec ces greffes de chondrocytes sont
des lésions locales sur le cartilage. Le problème
de l'arthrose c'est que c'est une maladie qui est diffuse
à tout le cartilage de l'articulation concernée.
De plus, comme vous l'avez compris, ce sont des autogreffes,
c'est-à-dire que l'on greffe au patient ses propres
cellules. Or, dans l'arthrose, les cellules sont endommagées
et elles n'ont pas les mêmes capacités
à se reproduire ni à fabriquer du cartilage
que des chondrocytes d'un sujet qui n'a pas d'arthrose,
d'un sujet sain. Enfin, les cellules arthrosiques fabriquent
des cytokines qui sont des substances délétères
pour le cartilage et qui pourraient être lésées
lors d'une éventuelle greffe de tissus, si on
la faisait.
Par ailleurs, techniquement, la greffe de cellules comme
on la pratique actuellement, n'est pas envisageable
dans l'arthrose. Je pense qu'on se dirige, pour le traitement
de l'arthrose par greffe de cartilage, plus vers des
techniques utilisant des biomatériaux, avec la
fabrication d'un nouveau tissu in vitro qu'on pourrait
peut-être ensuite réimplanter dans l'articulation
malade.
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