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| Les traitements locaux de l'arthrose |
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Interview du Docteur
Conrozier,
Hôpital Lyon Sud |
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Dr Conrozier,
comment vous est venue votre passion pour l'arthrose
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C'est un concours de circonstances,
j'ai fait mon clinicat dans le service du Pr Vignon
qui était un des pionniers dans le domaine de
la recherche sur l'arthrose, à une époque
où l'arthrose paraissait comme une fatalité
liée à l'âge;
il faut reconnaître qu'à cette époque,
très peu de gens pensaient que le traitement
de l'arthrose pouvait avoir un avenir et un intérêt.
J'ai eu la chance d'intégrer une équipe
qui était très active dans le domaine
de la recherche fondamentale sur l'arthrose expérimentale
animale et dans le domaine des essais thérapeutiques
sur l'arthrose.
Petit à petit, j'ai intégré cette
équipe et je me suis spécialisé
dans les méthodes d'évaluation de l'arthrose
et, depuis quelque temps, sur l'évaluation des
traitements locaux de l'arthrose.
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Docteur
Conrozier, pourquoi vous intéressez-vous particulièrement
aux traitement locaux de l'arthrose ?
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L'arthrose est une pathologie articulaire
extêmement fréquente qui touche des populations
généralement âgées, polymédicamentées,
fragiles et dans la majorité des cas, lorsque
cela est possible, il est plus intéressant de
traiter localement des articulations atteintes que d'ajouter
des traitements médicamenteux avec tout leur
cortège d'effets secondaires possibles. Ce sont
des gens qui prennent déjà des médicaments.
D'autre part, il est plus facile d'évaluer l'effet
d'un traitement lorsqu'il est administré localement
que lorsqu'il est administré par voie générale.
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Dans ces
traitements locaux, Dr Conrozier, pouvez-vous nous dire
ce que vous pensez de l'acide hyaluronique dans l'arthrose
?
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L'acide hyaluronique, injecté
en intra-articulaire, est un traitement appelé
sous terme de viscosupplémentation, est certainement
un grand progrès thérapeutique de ces
dix dernières années dans l'arthrose.
L'intérêt de ce traitement est qu'il répond
à un mécanisme bien précis : on
injecte dans l'articulation une substance, une molécule
de l'acide hyaluronique, qui est normalement présente
dans l'articulation et qui est responsable des propriétés
viscoélastiques du liquide synovial ; en d'autres
termes, qui permet de lubrifier l'articulation et d'amortir
les chocs, et d'autre part, qui a un effet local anti-iflammatoire
extrêmement intéressant.
L'injection d'acide hyaluronique s'oppose au traitement
jusqu'alors utilisé en intra-articulaire qui
était des infiltrations de corticoïdes par
un mécanisme bien différent et surtout
une tolérance à la fois locale et générale
tout à fait intéressante.
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Vous avez
injecté d'autres substances dans la gonarthrose
?
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La gonarthrose, l'arthrose du genou,
est bien entendu l'affection idéale pour traiter
localement parce que c'est une articulation qui est
facile d'accès que l'on peut
ponctionner avec un petit peu d'expérience très
aisément et qui est très facilement évaluable
tant sur le plan de son activité clinique que
de son évolution radiologique.
La plupart des traitements locaux sont développées
dans la gonarthrose. Les corticoïdes sont utilisés
depuis de très nombreuses années, et malheureusement
n'ont pas encore été évalués
de façon tout à fait rationnelle comme
beaucoup de médicaments.
L'acide hyaluronique est maintenant un traitement de
choix de certaines arthroses.
Très récemment, c'est sous l'égide
du Pr Goupille de Tours et en collaboration avec le
Pr Chevalier de Créteil, nous avons pour la première
fois au monde tenté des injections intra-articulaires
de récepteurs antagonistes de l'interleukine
1 à l'intérieur du genou du patient arthrosique
avec une excellente tolérance et un résultat
apparemment très intéressant.
Il faut d'autres études pour le confirmer.
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Pouvez-vous
nous expliquer ce que sont ces récepteurs antagonistes
de l'interleukine, ce qu'est l'interleukine ?
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L'interleukine est une cytokine qui
est un messager entre les cellules, un messager chimique
qui va transmettre une information d'une cellule à
une autre et provoquer un certain nombre de réactions.
L'interleukine 1 est un messager intercellulaire qui
est produit de façon ubiquitaire dans l'organisme
et de façon particulièrement importante
dans les articulations arthrosiques ou dans les maladies
inflammatoires, avec pour conséquence une réduction
de la synthèse et de la fabrication des composantes
des cartilages et une augmentation de leur destruction.
Fort de ces connaissances, cette interleukine 1 a été
très rapidement suspectée comme un des
éléments majeurs de la physiopathologie
et de la cause de l'arthrose. Donc l'idée est
d'aller bloquer cette cytokine localement ou de façon
générale pour empêcher la progression
de l'arthrose.
Certains médicaments pris par voie générale
sont utilisés dans ce but pour bloquer l'activité
de l'interleukine 1 mais les résultats cliniques
sont relativement modestes.
Dans la mesure où un récepteur antagoniste
de cette cytokine avait été synthétisé
et utilisé par voie générale dans
la polyarthrite rhumatoïde, nous avons décidé
de l'injecter localement à l'intérieur
de l'articulation arthrosique afin de bloquer les phénomènes
à la fois inflammatoires et de destruction articulaire.
Les résultats que nous avons pu obtenir dans
cette étude sont tout à fait parcellaires
pour le moment ; la première chose que l'on peut
dire c'est que l'injection se déroule extrêmement
facilement, sans douleur ou réaction particulière
après l'injection et dans cette étude
sur un nombre relativement restreint de malades et un
suivi relativement court , nous avons eu l'heureuse
surprise de voir une très nette amélioration
à la fois sur le plan de la douleur et sur le
plan de l'amélioration de la fonction, chez ces
patients.
Pour cela, une nouvelle grande étude est programmée
afin de comparer les résultats de ce traitement
à un traitement non pharmacologiquement actif,
c'est-à-dire un placebo, de façon à
savoir exactement l'importance du service rendu par
ce traitement.
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Quelle place
va-t-il rester pour les corticothérapies locales
dans le traitement de l'arthrose pour les années
à venir ?
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Pour le moment, nous avons deux produits
à notre disposition à injecter dans l'articulation
arthrosique : de la cortisone, exactement un corticoïde
retard sous forme de solution ou de suspension et l'acide
hyaluronique.
Les indications sont très différentes.
L'infiltration de cortisone est réservé
aux poussées congestives, c'est-à-dire
aux périodes inflammatoires de l'arthrose.
On peut, schématiquement, comparer l'arthrose
à un volcan avec une période d'éruption
et une période de tranquilité : la poussée
congestive correspond à cette période
d'éruption, qui est une période d'activité
intense de la maladie, habituellement accompagnée
d'une aggravation de la dégradation du cartilage
et il est très important de l'arrêter le
plus vite possible.
Elle se manifeste habituellement par une augmentation
de douleur, par un gonflement de l'articulations.
L'infiltration corticoïde correspond à une
injection d'un produit anti-inflammatoire directement
sur le lieux d'inflammation après avoir retiré
l'épanchement visqueux qui accompagne cette poussée.
Pour le moment, en résumé, les infiltrations
de corticoïdes ne doivent être appliquées
que dans les poussées congestives d'arthrose.
Le traitement par l'acide hyaluronique est complètement
différent.
Il s'agit d'un traitement de fond qui s'adresse à
des articulations qui sont douloureuses dans des circonstances
mécaniques : douleur à la marche, à
la montée et à la descente des escaliers,
sensation de raideur articulaire, chez un patient qui
a une douleur chronique, en dehors des poussées
congestives donc en dehors de périodes d'épanchement
articulaire.
Le traitement consiste en trois injections à
une semaine d'intervalle d'un dérivé d'acide
hyaluronique, de plus ou moins haut poids moléculaire
donc de viscosité différente.
Il existe différents produits sur le marché
avec une performance différente les unes des
autres.
Ce traitement doit être appliqué chez des
patients qui ont une arthrose en dehors de poussées
congestives.
Nous ne savons pas encore exactement quels seront les
traitement de demain concernant le remplacement éventuel
des corticoïdes.
Peut-être le traitement inhibiteur de l'interleukine
1 dont j'ai parlé précédemment
aurait à la fois un effet anti-inflammatoire
comme les corticoïdes et un effet chondroprotecteur
comme on peut l'espérer de l'acide hyaluronique.
Mais c'est encore tôt pour le dire.
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Va-t-on
voir disparaître des traitements par voie générale
de l'arthrose ?
En quelque sorte, il n'y aurait plus de traitements
locaux de l'arthrose ?
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Bien entendu non, parce que l'arthrose
est une maladie très souvent générale
qui touche de nombreuses articulations, donc un traitement
antirhumatismal de fond
D'autre part, certaines articulations ne sont pas accessibles
aux injections intra-articulaires.
Ainsi, genou, hanche dans certaines conditions pour
celle-ci (ces injections doivent être organisées
sous contrôle radiographique-échographique)
cheville ou épaule qui sont moins souvent atteintes
par l'arthrose, seront plus facilement l'objet des traitements
intra-articulaires.
En revanche, en ce qui concerne les petites articulations
des mains ou la colonne vertébrale, les traitements
généraux gardent toute leur utilité
et nécessité de développer des
traitements plus puissants, et surtout nécessité
de faire un diagnostic plus précoce afin que
les traitements n'agissent pas trop tard quand il n'y
a plus de cartilage.
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