arthrose, rhumatismes, gériatrie, prothèse, acide hyaluronique, arthrose genou, arthrose hanche, arthrose main, arthrose dos  
arthrose, rhumatismes, gériatrie, prothèse, acide hyaluronique, arthrose genou, arthrose hanche, arthrose main, arthrose dos
  Interviews
Professeur Eric Vignon,
Hôpital Lyon Sud


Docteur Thierry Conrozier,
Hôpital Lyon Sud


Nadia Mehsen, Chantal Dumoulin,
Chefs de Clinique,
Service de Rhumatologie,
CHU Bordeaux


Docteur Muriel Piperno ,
Hôpital Lyon Sud
Les traitements locaux de l'arthrose

Interview du Docteur Conrozier,
Hôpital Lyon Sud
   
arthrose, rhumatismes, gériatrie, prothèse, acide hyaluronique, arthrose genou, arthrose hanche, arthrose main, arthrose dos
Dr Conrozier, comment vous est venue votre passion pour l'arthrose ?
 

C'est un concours de circonstances, j'ai fait mon clinicat dans le service du Pr Vignon qui était un des pionniers dans le domaine de la recherche sur l'arthrose, à une époque où l'arthrose paraissait comme une fatalité liée à l'âge;
il faut reconnaître qu'à cette époque, très peu de gens pensaient que le traitement de l'arthrose pouvait avoir un avenir et un intérêt.

J'ai eu la chance d'intégrer une équipe qui était très active dans le domaine de la recherche fondamentale sur l'arthrose expérimentale animale et dans le domaine des essais thérapeutiques sur l'arthrose.
Petit à petit, j'ai intégré cette équipe et je me suis spécialisé dans les méthodes d'évaluation de l'arthrose et, depuis quelque temps, sur l'évaluation des traitements locaux de l'arthrose.

   
arthrose, rhumatismes, gériatrie, prothèse, acide hyaluronique, arthrose genou, arthrose hanche, arthrose main, arthrose dos
Docteur Conrozier, pourquoi vous intéressez-vous particulièrement aux traitement locaux de l'arthrose ?
 
L'arthrose est une pathologie articulaire extêmement fréquente qui touche des populations généralement âgées, polymédicamentées, fragiles et dans la majorité des cas, lorsque cela est possible, il est plus intéressant de traiter localement des articulations atteintes que d'ajouter des traitements médicamenteux avec tout leur cortège d'effets secondaires possibles. Ce sont des gens qui prennent déjà des médicaments.

D'autre part, il est plus facile d'évaluer l'effet d'un traitement lorsqu'il est administré localement que lorsqu'il est administré par voie générale.
   
Dans ces traitements locaux, Dr Conrozier, pouvez-vous nous dire ce que vous pensez de l'acide hyaluronique dans l'arthrose ?
 
L'acide hyaluronique, injecté en intra-articulaire, est un traitement appelé sous terme de viscosupplémentation, est certainement un grand progrès thérapeutique de ces dix dernières années dans l'arthrose.

L'intérêt de ce traitement est qu'il répond à un mécanisme bien précis : on injecte dans l'articulation une substance, une molécule de l'acide hyaluronique, qui est normalement présente dans l'articulation et qui est responsable des propriétés viscoélastiques du liquide synovial ; en d'autres termes, qui permet de lubrifier l'articulation et d'amortir les chocs, et d'autre part, qui a un effet local anti-iflammatoire extrêmement intéressant.
L'injection d'acide hyaluronique s'oppose au traitement jusqu'alors utilisé en intra-articulaire qui était des infiltrations de corticoïdes par un mécanisme bien différent et surtout une tolérance à la fois locale et générale tout à fait intéressante.
   
Vous avez injecté d'autres substances dans la gonarthrose ?
 

La gonarthrose, l'arthrose du genou, est bien entendu l'affection idéale pour traiter localement parce que c'est une articulation qui est facile d'accès que l'on peut
ponctionner avec un petit peu d'expérience très aisément et qui est très facilement évaluable tant sur le plan de son activité clinique que de son évolution radiologique.

La plupart des traitements locaux sont développées dans la gonarthrose. Les corticoïdes sont utilisés depuis de très nombreuses années, et malheureusement n'ont pas encore été évalués de façon tout à fait rationnelle comme beaucoup de médicaments.
L'acide hyaluronique est maintenant un traitement de choix de certaines arthroses.
Très récemment, c'est sous l'égide du Pr Goupille de Tours et en collaboration avec le Pr Chevalier de Créteil, nous avons pour la première fois au monde tenté des injections intra-articulaires de récepteurs antagonistes de l'interleukine 1 à l'intérieur du genou du patient arthrosique avec une excellente tolérance et un résultat apparemment très intéressant.
Il faut d'autres études pour le confirmer.

   
Pouvez-vous nous expliquer ce que sont ces récepteurs antagonistes de l'interleukine, ce qu'est l'interleukine ?
 
L'interleukine est une cytokine qui est un messager entre les cellules, un messager chimique qui va transmettre une information d'une cellule à une autre et provoquer un certain nombre de réactions.
L'interleukine 1 est un messager intercellulaire qui est produit de façon ubiquitaire dans l'organisme et de façon particulièrement importante dans les articulations arthrosiques ou dans les maladies inflammatoires, avec pour conséquence une réduction de la synthèse et de la fabrication des composantes des cartilages et une augmentation de leur destruction.

Fort de ces connaissances, cette interleukine 1 a été très rapidement suspectée comme un des éléments majeurs de la physiopathologie et de la cause de l'arthrose. Donc l'idée est d'aller bloquer cette cytokine localement ou de façon générale pour empêcher la progression de l'arthrose.
Certains médicaments pris par voie générale sont utilisés dans ce but pour bloquer l'activité de l'interleukine 1 mais les résultats cliniques sont relativement modestes.
Dans la mesure où un récepteur antagoniste de cette cytokine avait été synthétisé et utilisé par voie générale dans la polyarthrite rhumatoïde, nous avons décidé de l'injecter localement à l'intérieur de l'articulation arthrosique afin de bloquer les phénomènes à la fois inflammatoires et de destruction articulaire.
Les résultats que nous avons pu obtenir dans cette étude sont tout à fait parcellaires pour le moment ; la première chose que l'on peut dire c'est que l'injection se déroule extrêmement facilement, sans douleur ou réaction particulière après l'injection et dans cette étude sur un nombre relativement restreint de malades et un suivi relativement court , nous avons eu l'heureuse surprise de voir une très nette amélioration à la fois sur le plan de la douleur et sur le plan de l'amélioration de la fonction, chez ces patients.
Pour cela, une nouvelle grande étude est programmée afin de comparer les résultats de ce traitement à un traitement non pharmacologiquement actif, c'est-à-dire un placebo, de façon à savoir exactement l'importance du service rendu par ce traitement.
   
Quelle place va-t-il rester pour les corticothérapies locales dans le traitement de l'arthrose pour les années à venir ?
 
Pour le moment, nous avons deux produits à notre disposition à injecter dans l'articulation arthrosique : de la cortisone, exactement un corticoïde retard sous forme de solution ou de suspension et l'acide hyaluronique.
Les indications sont très différentes.
L'infiltration de cortisone est réservé aux poussées congestives, c'est-à-dire aux périodes inflammatoires de l'arthrose.
On peut, schématiquement, comparer l'arthrose à un volcan avec une période d'éruption et une période de tranquilité : la poussée congestive correspond à cette période d'éruption, qui est une période d'activité intense de la maladie, habituellement accompagnée d'une aggravation de la dégradation du cartilage et il est très important de l'arrêter le plus vite possible.
Elle se manifeste habituellement par une augmentation de douleur, par un gonflement de l'articulations.

L'infiltration corticoïde correspond à une injection d'un produit anti-inflammatoire directement sur le lieux d'inflammation après avoir retiré l'épanchement visqueux qui accompagne cette poussée.
Pour le moment, en résumé, les infiltrations de corticoïdes ne doivent être appliquées que dans les poussées congestives d'arthrose.

Le traitement par l'acide hyaluronique est complètement différent.
Il s'agit d'un traitement de fond qui s'adresse à des articulations qui sont douloureuses dans des circonstances mécaniques : douleur à la marche, à la montée et à la descente des escaliers, sensation de raideur articulaire, chez un patient qui a une douleur chronique, en dehors des poussées congestives donc en dehors de périodes d'épanchement articulaire.
Le traitement consiste en trois injections à une semaine d'intervalle d'un dérivé d'acide hyaluronique, de plus ou moins haut poids moléculaire donc de viscosité différente.
Il existe différents produits sur le marché avec une performance différente les unes des autres.
Ce traitement doit être appliqué chez des patients qui ont une arthrose en dehors de poussées congestives.
Nous ne savons pas encore exactement quels seront les traitement de demain concernant le remplacement éventuel des corticoïdes.
Peut-être le traitement inhibiteur de l'interleukine 1 dont j'ai parlé précédemment aurait à la fois un effet anti-inflammatoire comme les corticoïdes et un effet chondroprotecteur comme on peut l'espérer de l'acide hyaluronique. Mais c'est encore tôt pour le dire.
   
Va-t-on voir disparaître des traitements par voie générale de l'arthrose ?
En quelque sorte, il n'y aurait plus de traitements locaux de l'arthrose ?
 
Bien entendu non, parce que l'arthrose est une maladie très souvent générale qui touche de nombreuses articulations, donc un traitement antirhumatismal de fond
D'autre part, certaines articulations ne sont pas accessibles aux injections intra-articulaires.

Ainsi, genou, hanche dans certaines conditions pour celle-ci (ces injections doivent être organisées sous contrôle radiographique-échographique) cheville ou épaule qui sont moins souvent atteintes par l'arthrose, seront plus facilement l'objet des traitements intra-articulaires.
En revanche, en ce qui concerne les petites articulations des mains ou la colonne vertébrale, les traitements généraux gardent toute leur utilité et nécessité de développer des traitements plus puissants, et surtout nécessité de faire un diagnostic plus précoce afin que les traitements n'agissent pas trop tard quand il n'y a plus de cartilage.